À la fin du XIXe siècle, un minuscule insecte venu d'Amérique du Nord a bouleversé le monde du vin : le phylloxéra. Presque tous les vignobles de la planète y sont passés… sauf un, ou presque : le Chili. Retour sur une exception géographique qui fait aujourd'hui le bonheur des amateurs de vins naturels.
En bref
- Le phylloxéra a détruit la majorité des vignes européennes à la fin du XIXe siècle.
- Andes, Pacifique, désert d'Atacama et glaciers ont isolé le Chili.
- Résultat : des vignes franches de pied, parfois plus que centenaires, à Itata et Bío-Bío.

Le phylloxéra, la catastrophe qui a changé le vin
Ce puceron s'attaque aux racines de la vigne, les affaiblit progressivement et finit par les faire mourir. En quelques décennies, il ravage une immense partie du vignoble européen. Des millions d'hectares sont détruits, des domaines disparaissent et toute la viticulture doit être repensée.
La solution trouvée est ingénieuse : greffer les cépages européens sur des racines de vignes américaines, naturellement résistantes au phylloxéra. Aujourd'hui, la quasi-totalité des vignes françaises, italiennes ou espagnoles pousse ainsi sur des porte-greffes américains.
Le Chili, lui, a échappé à cette catastrophe. Pourquoi ?
Grâce à une géographie presque unique au monde. Le pays est une véritable île viticole :
- à l'est, la cordillère des Andes forme une barrière naturelle impressionnante ;
- à l'ouest, l'océan Pacifique isole le pays ;
- au nord, le désert d'Atacama est l'un des plus arides de la planète ;
- au sud, les glaciers et les terres australes limitent naturellement les échanges.
Pendant que le phylloxéra se propageait dans de nombreux pays viticoles, le Chili est resté remarquablement protégé. Le pays a ensuite veillé à contrôler strictement l'entrée de plants de vigne pour préserver cet avantage.
Des vignes franches de pied, parfois centenaires
Cette particularité a permis de conserver de nombreuses vignes franches de pied, c'est-à-dire des vignes qui poussent encore sur leurs propres racines, sans greffage. Certaines parcelles, notamment dans les régions d'Itata et de Bío-Bío, abritent des ceps plantés il y a plusieurs générations, parfois plus d'un siècle. On y trouve des cépages historiques comme le País, arrivé avec les colons espagnols, le Cinsault, le Muscat ou le Sémillon.
Est-ce que cela rend automatiquement les vins meilleurs ?
Pas forcément. La qualité d'un vin dépend avant tout du terroir, du travail du vigneron et des choix faits à la vigne comme au chai. En revanche, ces vieilles vignes constituent un patrimoine exceptionnel. Elles offrent souvent de faibles rendements, une belle concentration, et permettent de préserver un héritage génétique et culturel rare.
Ces vieilles vignes inspirent aujourd'hui une nouvelle génération de vignerons nature, qui redonnent vie à des parcelles oubliées avec un travail sans intrants.
Les vins de l'étape
Cette question accompagnait l'étape 2 de notre box « Dans la roue d'Epi-curieux » : l'escale secrète, de Concepción à Temuco, au Chili. Voici l'intérieur du dépliant reçu par nos abonnés :

- Los Debutantes, un Cinsault de Bío-Bío croquant et gourmand, premier millésime d'Alejandro Nuñez ;
- Rivera del Notro, un blanc macéré issu de vieilles vignes de Sémillon, Chasselas et Muscat, signé Roberto Henriquez, figure majeure du vin naturel chilien.
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